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Qui était Jean-Claude BERTRAND ? PDF Print E-mail
Imageou de la genèse des grands rallyes africains.

Jean-Claude Bertrand était ce que l’on peut appeler un «caractère». Un personnage pétri de qualités qui ne craint pas d’avouer aussi ses défauts !

Né à Paris bien avant la dernière guerre, il arrive en Côte d’Ivoire à Abidjan en 1952 et se retrouve donc, à seize ans, au volant d’un vieux camion Dodge à transporter les bananes de la plantation familiale tout en se passionnant pour l’herpétologie. Il agrémente ses activités de planteur et son commerce de café, de cacao et de l’igname en pays Lobi par la chasse aux crocodiles et l’élevage des serpents.

C’était la belle époque. Il y avait peu d’étrangers en Côte d’Ivoire, tout le monde se connaissait et certains planteurs et autres forestiers se lançaient des défis de rapidité à bord des pick-up de l’époque – GMC ou Chevrolet – sur les pistes défoncées de la brousse.

Le virus de la vitesse trouve un terrain fertile chez Jean-Claude qui décide d’aller voir ce qui se passe ailleurs dans le domaine de la compétition. Il participe alors en tant qu’amateur à la quasi-totalité des grands rallies européens de l’époque.

Les débuts d’un organisateur :

ImageEn 1968, poussé par de nombreux autres passionnés, il décide de créer le premier « Rallye International du Bandama ». Se servant de ses relations européennes dans le milieu sportif, il convainc ses copains, les grands pilotes d’alors, qu’il a un très grand plateau de presse… et les journalistes qu’il a un énorme plateau de pilotes ! Tout le monde y croit et il annonce qu’il organise le rallye le plus beau et le plus dur du monde !

Avec raison : Ce rallye est très beau, mais aussi très, très dur ; si dur qu’il n’y a personne à l’arrivée ! Tollé général, pression des usines, de la presse et des pilotes, mais rien n’y fait. Le Bertrand reste intraitable, ne change rien et remet les prix sur l’année suivante. Sur le moment personne n’y croit, mais l’année suivante, ils sont tous là et il en a… sept à l’arrivée, dont le premier ramasse le plus gros chèque jamais donné dans un rallye.

Parallèlement au «Bandama» il participe, entre autres, à une très belle épreuve du moment : le rallye du Maroc (9 participations en tout). Pour ce faire il part d’Abidjan par la piste avec des R16 Renault et autres Datsun 240 Z, monte au Maroc, participe au rallye… et redescend à la maison.

Un concept prend forme…

En 1974 certains pilotes du «Bandama», plus aventuriers que les autres, lui demandent de rentrer en France avec lui par la piste. Il se laisse volontiers convaincre et, après avoir contacté l’Automobile Club de Monaco, met sur pied une aventure plus ou moins organisée. En effet, les premiers arrivés à l’étape prennent les temps des suivants et le dernier à partir donne les départ. Le vrai folklore !

Dénommé «Superconcentration Bandama – Monte-Carlo», il s’agissait de se rendre, en compétition, d’Abidjan à Monaco pour prendre, avec les mêmes voitures, le départ du Rallye de Monte-Carlo. Une idée folle et des souvenirs inoubliables, mais catastrophe ! Le Monte-Carlo est annulé (premier choc pétrolier). La déception est vite oubliée après une arrivée en fanfare dans la Principauté, sous les acclamations des Monégasques, frustrés de l’annulation de leur épreuve.

… et c’est la naissance du Côte-Côte !

C’est au vu de ce succès et de l’enthousiasme généré par cette discrète mais passionnante première que Bertrand décide, en 1975, après la fin du «Bandama», de créer le premier «Côte d’Ivoire – Côte d’Azur» dont le principe était simple :

« Ouvert à n’importe qui… sur n’importe quoi ! »

Cette grande première était vraiment l’aventure avec un grand A, aussi bien pour les concurrents que pour l’organisateur. Un rallye très éprouvant, surtout pour les véhicules à deux roues motrices, car Bertrand, fidèle à ses idées, avait choisi un parcours très dur, des étapes interminables et le premier «départ en ligne» de l’histoire des rallies. A l’époque, il n’y avait pas de goudron, pas d’hélicoptère, pas de GPS. C’était un exploit d’être à l’arrivée, mais que de sublimes souvenirs pour tous les participants.

Le Côte-Côte original connaîtra ainsi trois éditions successives, toutes aussi épiques les unes que les autres.

Parallèlement, Jean-Claude Bertrand est sur tous les fronts : Le «Bandama» est inscrit au calendrier du Championnat du monde, il lance les «Rallies 5/5», le «Rallye Tour du Maroc», un rallye en Islande et, chaque année pendant huit ans, organise le «Rallye d’Algérie».

Le retour aux sources :

Au début de 2005, sollicité par de vieux amis passionnés, Jean Claude BERTRAND accepte de réorganiser cette fabuleuse épreuve qu’était le Côte-Côte, mais bien évidemment dans des conditions totalement différentes de sécurité et d’organisation ; rien à voir avec l’enfer de l’original.

Caractéristiques principales du «Côte-Côte Historique» :

- Pas de notion de vitesse pure
- Un parcours taillé sur mesure
- Un retour aux sources dans des conditions infiniment plus sécurisantes
- Une énorme épopée africaine en toute sécurité
- Avec des véhicules de l’époque
- Dans une ambiance de convivialité retrouvée
- Et une seule devise pour les concurrents comme pour les organisateurs : Se faire plaisir !

Jean-Claude Bertrand : le dernier voyage

La vie de Jean-Claude Bertrand s’est brutalement arrêtée, à bord d’un bateau, le menant de Sète à Tanger, vers le continent Africain qu’il aimait tant.

La veille de sa disparition, nous l’avions rencontré chez lui, près de Nîmes, dans un de ses nombreux ports d’attache.

Aux détours d’une riche conversation, il brosse les contours d’un héritage qu’il laisse désormais à ceux qui ont la volonté de rouler dans ses traces. Au nom de la mémoire d’un dévoreur, gourmand de grands espaces, ses camarades dans l’organisation du “Côte-Côte Historique“, auront ce supplément d’âme et de cœur pour vous conduire à travers ces grands espaces en souvenir de l’initiateur de tant de rêves et de voyages au long cours.

La Citroën CX de 1982 trône dans le patio de la maison gardoise. « J’ai choisi cette bagnole que j’ai fait “conditionner“ (à hauteur de 4000 Euros) pour tenir la route et les pistes. Elle correspond au type de voitures qu’on attend au départ. Je veux faire la démonstration qu’avec des deux roues motrices on peut passer partout où je mènerais le peloton. J’aurais dû mal à comprendre, à accepter qu’ils ne passent pas tel ou tel obstacle ».

Il en est fier, de cette “caisse“ qui devait être une compagne amoureuse le temps d’un long voyage « Rien ne presse. Je sais déjà où l’on va passer ». Il part pour environ 13 000 kilomètres, soit environ 40 % de plus que n’en comptera le parcours définitif « Parce qu’il me faudra souvent rebrousser chemin lorsque j’aurai jugé que tel ou tel  tronçon est assez sélectif ou suffisamment attractif ». Il s’agira d’une première ébauche : « courant janvier 2006 je corrigerais les notes. Puis courant novembre 2006 et janvier 2007, j’apporterais encore les améliorations nécessaires ».

Bien sûr de belles idées sur le parcours qu’il entend tracer : « Départ depuis une capitale du Golfe de Guinée : Abidjan - là c’est très affectif - mais ce pourrait être Accra, Lomé, Cotonou. Tout sera fonction de l’évolution politique de ces pays-là, pour avoir la meilleure sécurité possible. Puis traversée du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Maroc. L’arrivée sur la Côte d’Azur est encore à méditer : Soit par les routes espagnoles, soit par bateau pour pointer au dernier contrôle de passage ».

La farouche envie d’innover : « Les pistes empruntées par le Paris-Dakar sont désormais archi-connues. Peut-être pas des autoroutes… mais nous allons prendre des chemins de traverse. Là où la civilisation aura si peu de vécu ». Et d’ajouter, comme dépité : « L’Afrique d’aujourd’hui n’est plus celle des années cinquante ! ».

Mais ce continent continue de l’envoûter, de l’ensorceler. Chaque année il part sans connaître son parcours « au sens du vent et à l’humeur du moment. Mais j’ai un besoin viscéral de réaliser ces traversées ».

Des pistes jalonnées, depuis le temps, de rencontres avec autorités politiques, touaregs ou bédouins, bien sûr peuplées de découvertes. « Je rêve de bivouacs convivials, loin des villages, avec le ciel étoilé pour témoin». Avec un mode de fonctionnement, comme une institution-maison : « le système D. « D » ? D comme démerdez-vous ! Il n’y aura pas de grandes cantines collectives. Chacun devra emporter avec lui sa bouffe, son couvert et sa bonne humeur ». Mais chacun pourra dormir dans la grande chambre d’un hôtel à ciel ouvert avec des milliers d’étoiles sur la tête. Et il rêve d’un beau feu de camp « avec des gens qui s’aimeront d’autant plus qu’ils en auront bavé durant la journée, parce qu’ils auront été mis dans l’obligation de s’entraider durant l’étape ».

À l’instant, il se fait Croquemitaine « Il n’y aura pas de camion d’assistance, sinon le nôtre pour réparer les voitures de l’organisation, avec un poste à soudures, une machine pour démonter et remonter les pneus. Et des mécaniciens, seulement là pour donner des conseils. À chaque équipage de faire sa mécanique, et d’aider les copains ». Puis, il rentre dans une fausse colère se transformant en Père Fouettard « Ne comptez pas sur nous pour donner une bouteille d’eau. Moi je ne donnerais… que l’heure du départ chaque matin ».

Jean-Claude Bertrand n’est pas dupe : Le Côte-Côte Historique version 2007 ne peut ressembler à celui qu’il avait proposé en 1974. « A cette époque-là, je pouvais leur offrir ce qu’il manque aujourd’hui : c’est-à-dire la peur. Mais il y aura toujours l’angoisse, et c’est aussi ça que les concurrents qui vont nous rejoindre viendront rechercher. L’angoisse d’un terrain parfois hostile pour lequel on doit toujours être respectueux ».

700 bornes par jour, ce n’est pas l’autoroute du soleil qui mène à la Côte d’Azur. Désormais sur le parcours, il y a du goudron sur les grands axes « que l’on s’efforcera d’oublier, sauf à être près des stations-service - donc de l’essence - ainsi que d’une certaine sécurité des personnes et des biens ». Le téléphone satellite, le GPS « soit la possibilité de retrouver des gens au mètre près » et bien sûr hélicos et avions « afin de parer à toute mauvaise éventualité ». N’allez pas croire pour autant, parce que les pays traversés se “modernisent“ que le tracé est devenu tristement banalisé. « Je veux le baliser de paysages monumentaux, dans la rudesse d’un parcours ».

Aux côtés de Jean-Claude Bertrand, eux aussi prêts au départ, deux hommes qui allaient être des sentinelles fidèles. Gérard Sarrazin « mon complice depuis toujours dit Bertrand » (une cinquantaine de rallyes-raids dont 20 Dakar et quelques-uns victorieux dans sa catégorie) et Pierre Bouillé qui, lui aussi, pèse beaucoup de Dakar.

Avec Jean-Claude Bertrand, ils avaient embarqué à Sète direction Tanger.  Ils ne cessent de pleurer.



Dimanche 2 octobre 2005

Jean-Claude Bertrand, le légendaire créateur des premiers grands rallyes africains (Bandama, Côte-Côte Abidjan-Nice), terrassé par une crise cardiaque à bord du ferry qui le menait de Sète à Tanger !

Agé de 69 ans, Jean-Claude Bertrand ralliait cette Afrique qu’il aimait tant, en compagnie de Gérard Sarrazin, pour procéder aux premières reconnaissances sur le parcours d’un nouveau rallye – Le Côte-Côte Historique – dont il assurait la direction de course et préparait le road-book. Ses proches, ses partenaires et ses anciens camarades de pistes sont sous le choc et présentent leurs profondes condoléances à son épouse.

Christian Dervieux, Président du Comité d’Organisation du rallye se rend en ce moment à Tanger en vue d’y accueillir la dépouille de son ami et conforter ses proches.

Par respect envers sa mémoire et son engagement, la société Djibi a décidé de poursuivre la préparation du rallye.
Last Updated ( mercredi, 17 janvier 2007 )
 
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Certaines photos ont été réalisées par Claude TAVERNIER pour Jean Claude BERTRAND