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Ai-Nhat Bui : "L'artisan road-book"! Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

ImageSérieux ou amusé, il dit dans la voix, avec des tonnes de sincérité et un humour dévastateur, « Ma vie ? Elle est autrement plus tourmentée que dans les films de Sergio Leone »…
À 61 ans aujourd’hui, ce petit homme au teint cuivré dont le sourire est surmonté d’une moustache en balai-brosse, des rides astucieuses au bord des yeux, d’apparence fragile car svelte, mais au moral gros comme ça, a traversé de rudes moments.
Et connu d’étranges trajectoires, pour atteindre, à l’instant, une sorte de félicité. « Désormais, je ne me consacre qu’à ce qui me plaît. Ce qui devient alors pour moi un événement. J’ai été fou de joie, quand j’ai reçu un coup de fil de Patrick Tambay, me demandant de rejoindre l’équipe du Côte-Côte Historique ».
        Qu’on en juge par un parcours toujours balisé de bons sentiments, mais hérissé de méchants écueils.

Une naissance au Vietnam à Huê « la ville impériale minée par la guerre, d’abord avec le Japon puis avec la France », et une migration vers… la France pour ce fils unique « c’est étrange comme situation, les familles vietnamiennes ont beaucoup d’enfants ».
       Et une arrivée à Paris où les siens auront sans doute connu mille métiers et mille misères, mais trop pudique pour en parler. « Pourquoi votre capitale ? Parce que mes parents connaissaient quelques émigrés ». Là à Montmartre en 1955 « j’avais 11 ans et bien sûr je ne connaissais pas un mot de votre langue ». Il a très vite appris à dire merci.
       ImagePréciser qu’il a obtenu son bac, relève d’une stupéfiante capacité d’adaptation, et des dons intellectuels hors du commun. Hors  du commun, sans doute l’est-il aussi.
        Avant de partir « toujours encore les hasards de la vie » à Toulouse pour poursuivre des études d’architecte « J’ai toujours été mature. J’ai un tempérament artiste, un poil idéaliste ». 
          Ai-Nhat Bui pratiquera le métier une dizaine d’années avant de s’apercevoir « que l’architecture n’était pas un idéal de vie. J’avais le sentiment d’être un esthète qui ne pouvait faire de compromission avec le mercantilisme ».
       Le choc pétrolier, la crise sociale en France et comme un nouvel appel du destin « j’ai décidé de m’expatrier ».
       Direction Tamanrasset, au fin fond de l’Algérie, dans le Hoggar, « pour exercer le métier que je savais quand même le mieux faire : architecte urbaniste ».
       Là dans cette ville « le berceau des hommes bleus »
       Là où le beau est inséparable de l’espace et du temps.
       Là, à 2000 km au sud d’Alger, 1375 km de Ghardaïa, 700 km au sud de Djanet ou d’Ain Salah « Au milieu de nulle part ». Avec l’intime sentiment, même si une certitude pas spécialement avérée « que j’avais le pied marin dans les mers de sable environnantes ».
       La main du rêve allait tendrement le caresser, par un de ses caprices. Mieux par une rencontre. Il raconte « un ami touareg m’a demandé de l’accompagner, parce que c’était mieux de partir à deux voitures, pour escorter un Français qui était venu là pour “sentir“ l’Afrique ».
       Cet homme ? C’était René Metge « que je ne connaissais pas. Même pas de réputation. J’ai appris plus tard que c’était un pilote qui avait gagné le Paris-Dakar… ».
       Au cœur des bivouacs, donc au cœur des hommes, cette espèce d’alchimie des sens, opérant entre les uns avec les autres. Il ne peut banaliser l’épaisseur de la découverte et la dimension de ce qui allait suivre « j’ai rencontré comme l’appel d’une autre aventure, d’une nouvelle vie».
       Suivra une foultitude de “Dakar“, notamment à titre de navigateur, à bord d’un camion Mercedes, pour le compte de l’assistance rapide de Mitsubishi. « Avec Raphaël Gimbre et François Marcheix, on est resté 7 ans ensemble. Ce qui est unique dans l’équipage des “camionneurs de cette course-là. C’est la preuve qu’on était un équipage homogène, qu’on savait se serrer les coudes. Qu’on s’en persuade bien : dans un univers parfois hostile, on n’est jamais rien sans l’assistance des autres ».
       Parole de Vietnamien, ascendant baroudeur, né sous le signe de la fraternité, qui depuis n’a jamais cessé d’être un éclaireur éclairé et éclairant sur les routes tracées par René Metge. Tant dans les “Masters Rallye“ que dans les nouvelles orientations, désormais choisies par le grand Manitou, du côté du grand est de la Turquie. Passeports bourrés de visas et nourris de rencontres « J’avais pour mission de décrypter les pistes pour les concurrents et leur proposer le meilleur carnet de voyage possible ».
       C’est ce que Patrick Tambay et les amis organisateurs du 1er Côte-Côte Historique lui ont proposé de réaliser « Je le répète : je suis fou de joie. D’autant plus qu’on part pour un retour aux sources. Cette épreuve-là a une légitimité, comment dire, historique. Je suis ravi que l’on se retrouve comme à l’origine. Sans être trop assisté. Comme à l’authentique. Sans escalade financière, ni technologique ».
       Le départ des reconnaissances, depuis Lomé au Togo, s’effectuera à la fin du mois de novembre, pour un parcours nord-sud à travers le Togo, le Birkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Maroc, voire l’Espagne et la France. « On sait où l’on va mettre nos roues. Il y aura du classique, bien sûr de l’inédit, pour ceux déjà rompus à l’exercice ».
       Des étapes sensiblement de 500 km dont la moitié seront “courues“ en respect de la réglementation de la régularité. « Ce ne sera pas de torture ni spécialement une partie de plaisir ».
       Six hommes en trois voitures dont Ai-Nhat Bui à la droite de Patrick Tambay à bord d’une Citroën à deux roues motrices « mon rôle ? Je suis en charge de la prise de notes à l’adresse des engagés. Indication du parcours, road-book. Alerte sur les dangers ». Nous vous en parlerons.
       Mais encore une scrupuleuse étude sur le logistique nécessaire « Ce sera de nouveau une aventure singulière s’écrivant au pluriel. Mais à charge pour nous de préciser des repères pour leur assistance en carburant, en nourriture, voire pour faire de la mécanique. Pour que chacun organise le bivouac dans une œuvre collective. C’est super que chacun soit en autogestion, pour lui-même et pour les autres ».
       Assistance spirituelle ? « Je ne me fais pas de soucis. Notre histoire lors de la première édition, sera peuplée de ceux qui il y a 30 ans étaient au départ, mais encore par ceux qui n’ont jamais cessé de vivre par procuration et qui ont envie d’être au cœur de l’action, parce que cette épreuve-là sera à taille humaine ».
       Il a une jouissance particulière à vouloir faire vivre encore des moments privilégiés « On tâchera de donner du temps au temps, et du temps aux gens. Les Africains sont des gens formidables. Il faut que la dimension humaine du Côte-Côte Historique soit à la mesure d’un effort mécanique ».
       Vous l’aurez compris : de la part de Ai-Nhat Bui, une belle profession de foi.
       La foi d’un missionnaire.
Dernière mise à jour : ( 17-01-2007 )
 
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Certaines photos ont été réalisées par Claude TAVERNIER pour Jean Claude BERTRAND