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Au fil du temps, des jours, des semaines et des mois, nous mettrons en ligne sur ce site, les récits de tous ceux et toutes celles qui ont écrit, il y a plus de 30 ans, quelques jolies page de cette saga africaine.
Ils ont fait, à leur manière - et ils sont tous vainqueurs, parce qu’il fallait de la moelle (de l’inconscience ?) pour s’engager dans cette improbable épopée - la légende de cette épreuve qui nous obsède à l’horizon février 2007.
Grâce à eux, le Côte-Côte, première aventure sportive de plus de près de 10 000 kilomètres, est devenu un monument du sport automobile et motocycliste.
Un monument que les organisateurs ont voulu, ardemment, revisiter.
Pour vous.
Et avec vous.
À des interrogations existentielles : Qui est-tu ? Que fais-tu ? Où vas-tu ?…
… des réponses essentielles de Jacky Privé qui ne parle pas avec la langue de bois, dont il sortirait des copeaux « L’Afrique se charge de t’apprendre tout ce que tu n’aurais pas encore compris sur toi-même ».
Et il sait de quoi il cause, ce solide gaillard, aujourd’hui paisible retraité en Corse, qui ne cesse, si on le contraint sous la torture des questions, d’avoir des turbulences sur un passé de sportif tout temps et tout terrain. Comme si le vent du Sahel venait lui titiller les neurones.
D’autant plus aujourd’hui que se profile la réédition d’une épreuve qui a fait un peu de sa gloire, mais certainement pas sa fortune , « il n’y avait pas beaucoup d’argent à gagner, sinon rien. Mais je me suis senti tout de suite plus riche, humainement parlant, après cette victoire ».
Alors, à l’instant, il se repasse en boucle le bon temps, raccommode ses survivances de l’esprit de l’époque, et coud en points de conduite cette vertigineuse épopée à travers le temps passé.
Le voici, le voilà, le premier vainqueur (associé à Dan Blain), en tête de gondole dans ce grand magasin des souvenirs, dont nous ouvrons dans l’armoire aux souvenirs, quelques tiroirs de la mémoire.
Partis le 25 décembre 1975 depuis Abidjan et arrivé en vainqueur le 11 janvier 1976 à Nice « Ca reste un souvenir magnifique. Ce fut irréel d’arriver sur la Promenade des Anglais, après tout ce qu’on avait vécu ».
Faut dire que cet homme-là, a tous les sens qui coulent dans ses veines, puisque dans la mécanique depuis les culottes courtes, sous le contrôle de Roger « mon cher père aujourd’hui disparu ». Là au garage “Auto Racing“ (au début c’était Rover, Austin, Jaguar) de Juvisy en banlieue sud de Paris, qu’il a longtemps géré. « C’est désormais mon fils, Olivier qui possède un beau coup de volant qui s’en occupe. Alors que mon autre fils, Reynald a 18 Dakar au compteur au titre d’assistance rapide ».
Fondu de compétition, Jacky Privé disputera le Rallye Monte Carlo dès 1969 « J’ai aussi connu quelques années plus tard, l’enfer blanc du Burzet, avec le froid, les congères et ce satané vent, la burle. Et je vous prie de croire que ça aussi, c’est du sport ». D’autres participations « dont une avec une Ford Capri, achetée à Thierry Sabine ».
Avant l’appel du désert. Comme un appel du destin, et des moments privilégiés qui se ramassent à la pelle « Un copain m’avait dit qu’il y avait des courses en Afrique. Le Bandama dont je me souviens avoir réalisé le meilleur temps devant les pilotes d’usine, dans la spéciale de la Djibi ».
La rencontre avec Jean-Claude Bertrand « un personnage hors du commun. Un extraordinaire homme de terrain. Pour tenter de mieux le suivre, il fallait s’imprégner de sa philosophie. Comprendre sa façon de fonctionner, c’était déjà faire un grand pas ».
Puis le Côte-Côte, le jour de Noël 1975 « Je suis parti avec une Range Rover. Une caisse qui avait déjà du vécu… On a tenté d’apporter des modifications, en retirant les sièges. Et en l’allégeant de partout… elle pesait plus de 3 tonnes, soit plus d’une tonne que son poids d’origine, avec tout le matériel embarqué. C’est-à-dire pièces détachées, caisse à outils, radiateurs de secours, filtres. Et bien sûr les réservoirs d’essence. Je vous prie de croire qu’on faisait quand même de sacrées moyennes ».
Bien sûr quelques provisions de bouches « des pommes, des dates, des boîtes liquides. Mais on se ravitaillait sur place. On mécaniquait sur place. Le plus fort de tout, c’est que la majorité d’entre nous pouvait repartir le matin ».
Et tout à la boussole , « son road book était bien fait. Il mettait ce qu’il fallait. Ce n’était pas virage par virage. Il fallait bien comprendre, qu’ayant effectué le parcours avant nous, il était naturel de le refaire comme lui, après lui ».
Avec pour chacun, l’obligation d’être ingénieux à défaut d’être méthodique « Le système D, D comme démerde était élevé à la hauteur d’une institution ».
Vous dire que des étapes, ne ressemblaient pas à de longues et aimables processions. Notamment Tamanrasset-Fez longue de… 2595 km à faire selon Jean-Claude Bertrand en 60 heures, avec 20 heures pour mise hors course…
Et là, ce fut une nouvelle version d’“il était une fois dans l’oued…“. Jacky Privé se souvient encore. D’ailleurs il en est toujours tout humide à cette évocation « Il est tombé l’apocalypse sur ce désert. Des orages comme jamais. C’était titanesque. En quelques heures, l’oued à traverser faisait plus de 400 mètres de large, avec des torrents d’eau et de boue ».
Ce sobre commentaire « Question de feeling peut-être, plus sûrement, un gros coup de chance aussi, on s’est mieux “démerdé“ que les autres. On était dans la survie aussi. L’homme a besoin de se prouver qu’il est capable de se sortir des situations les plus périlleuses. Ce jour-là, j’ai encore mieux grandi ».
L’équipage arrivera à Fes « avec plus d’une journée d’avance sur les autres… ».
Suivront quelques rudes péripéties à la frontière algérienne « à cause de douaniers trop zélés ».
La remontée en douceur pour atteindre la Promenade des Anglais. La civilisation quoi !.
À 65 ans aujourd’hui, Jacky Privé n’a jamais cessé d’avoir vu le marchand de sable.
À rêver toujours et encore d’une si tendre et si affective partie de sa vie d’homme, dont il n’est pas dit qu’il ne veuille pas en retrouver les rages et les soubresauts.
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