Il est d’étranges épopées où les souvenirs ont une âme. Sur ce site au fil des mots et des phrases, vous n’avez pas manqué de vous apercevoir que l’ombre tutélaire de Jean-Claude Bertrand allait toujours planer sur la 1ere édition du Rallye Côte-Côte Historique. Une épreuve qui plus qu’une autre a sa légitimité historique. Et qui prendra de nouveau la lumière, parce que le géniteur était prêt à faire jaillir des salves de philosophie dans un concept généreux. C’est pourquoi, nous nous sommes plongés dans les archives. Et dans les textes, nous avons ressorti, à la virgule près, quelques perles qui pèsent leur pesant de méditation. Au travers d’interviews données, Jean-Claude Bertrand donne le ton de l’épreuve qu’il avait organisé pour la première fois il y a trente ans. Vous noterez qu’ils sont parfaitement d’actualité et ont un bon sens dont l’office est ne laisser entrer, ni sortir les idées suspectes. Et parce qu’il y a de solides héritiers naturels, Patrick Tambay, vous confirmera le bien fondé des pulsions de l¹inspirateur dans l’organisation de cette nouvelle épreuve.
Ainsi. Dans un « Echappement » de l’époque sous la plume de Jean Lerust JCB : " Le rallye sera toujours différent par le parcours, mais guère par l’esprit. C’est toujours une limitation de l’escalade, à savoir que j’essaie de mettre tous les concurrents sur le même pied vis-à-vis des possibilités d’assistance en obligeant tous les véhicules d’assistance usine à s’engager dans le rallye. Ainsi le gars qui a un véhicule d’assistance usine ou pas devra attendre que celui-ci arrive pour lui porter secours. Comme ce véhicule participe à l’épreuve, il y a fort à parier qu’il sera loin derrière. Si un concurrent est assisté par un véhicule étranger au rallye, il sera mis hors course. Je ne peux pas empêcher un gars d’avoir un véhicule d’assistance, mais je peux au moins niveler par ce moyen, les bienfaits de l’assistance". Commentaire de Patrick Tambay " Nous reprenons ce concept original et initial. Il n’y aura pas d’assistance extérieure autre que celles que les concurrents dûment engagés offriront à ceux qui ont des problèmes. D¹ailleurs un Trophée de la Solidarité sera attribué à l’équipe qui aura fait preuve de générosité. Je le répète toute assistance extérieure, sinon par les autochtones, ou résidents, est interdite, et sera lourdement sanctionnée. Cette précision sera mentionnée dans le règlement particulier, afin de respecter l¹esprit voulu il y a 30 ans par Jean-Claude Bertrand ". Le mariage auto-moto-camion est-il toujours compatible ? JCB : " je veux garder la liberté totale quand au choix du moyen. Si un gars pense qu’il faut une moto pour gagner, qu’il le fasse à moto " Commentaires de Patrick Tambay : « Une nouvelle fois, notre organisation 2007 est en phase avec ce que voulait Jean-Claude Bertrand. Dans le classement scratch devraient figurer ensemble, autos, motos, camions. J’espère aussi que cette compétition inscrite sous le régime de la régularité, et l’on utilisera ainsi des routes ouvertes à la circulation, et qu’il y aura un respect du code de la route dans les pays traversés, sous peine de sanction ". Tous ces déserts, n’est-ce pas trop ? JCB : " J’ai déjà traversé une cinquantaine de fois le désert, et je m’émerveille à chaque fois que j’y mets les pieds. Nous je ne pense pas qu’on puisse en être saturé. De plus les gars qui ont déjà participé à une épreuve dans le désert ont une envie de mettre leur expérience en pratique. Ceux qui ne sont jamais venus au contraire vont se passionner à la découverte de problèmes nouveaux. Je ne pense vraiment pas que la saturation puisse s’installer. D’autant que malgré la course, il y aura quand même du temps pour profiter un peu de l’endroit " Commentaires de Patrick Tambay : " J’ai découvert le désert en 1987 lors de ma première participation au "Dakar". La terreur de cette fréquentation fut une révélation. Mais encore la possibilité de rouler, en toute liberté sur des pistes sans cesse différentes, m’a procuré un immense plaisir dans le pilotage et la crainte de l’environnement. L’angoisse qu’on y ressent, et que l’on doit dominer, est un sentiment unique. Des mêmes sensations que l'on peut rencontrer à la voile lors des courses au large. J'étais en manque de ces émotions Et c'est donc dans ce voyage qu'on retrouvera, comment dire, tous ces plaisirs ". On parle souvent de la magie du désert, qu’est-ce que c’est pour toi ? JCB : " Le désert te fait voir les choses à leur vraie place, à leur vraie valeur. Tu te rends compte que le métro, les contraventions, les tracas administratifs de la vie quotidienne, ça ne compte pas. Tout cela te paraît dérisoire. C’est un des rares endroits où l’on peut vraiment respirer, physiquement et moralement. Par contre des choses insignifiantes, comme un verre d’eau par exemple, prend soudain une importance énorme. C’est aussi un endroit très révélateur des qualités humaines de chacun. J’ai souvent été très étonné. Des colosses s’effondraient en proie à une dépression nerveuse avant le départ et des types d’aspect fragile se sortaient de toutes les embûches avec un courage et une résistance étonnants. On ne peut pas tricher longtemps dans le désert. D’où l’importance de bien choisir son coéquipier. Encore que par expérience, rien ne permet de déceler ce qu’il sera dans le désert. Un type peut-être fantastique dans le contexte de la vie de tous les jours et devenir impossible face à la solitude et le poids du désert ". Commentaires de Patrick Tambay : " Là, on se trouve confronté à de nouvelles notions d’existence, avec des valeurs différentes à appréhender. Parfois, la chose la plus simple, la plus basique quoi, comme boire une gorgée d¹eau fraîche, prend une importance immense. La solidarité, l’entraide, le partage qui font partie de la vie, voire de la survie, nous font verser dans l¹essentiel ". Quel véhicule conseillerais-tu à un équipage qui voudrait se lancer dans cette aventure sans expérience aucune ? JCB : " Un véhicule simple et robuste. Une 404 camionnette bâchée par exemple. On peut sourire, mais cette voiture accepte la charge, dotée d’un moteur 504, elle n’est pas lente, et surtout est d¹une rusticité diabolique. Elle constitue un investissement relativement faible qui permet d’acquérir une bonne expérience, quitte l’année suivante, à revenir avec un véhicule plus compétitif. Bien sûr, on peut utiliser un 4x4. Il en existe maintenant d’excellents et d’assez bon marché, tels les Lada, Toyota etc. ; N’importe quel véhicule de toute façon s’il est préparé soigneusement doit pouvoir venir au bout de l’aventure. C’est souvent plus la façon de piloter que les qualités propres du véhicule qui déterminent son efficacité dans le désert. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est l’ennemi " numéro 1" dans le désert, n’est pas Mesrine, mais le poids " Commentaires de Patrick Tambay : " Avec le recul, on voit aujourd'hui que le parcours accompli à l’époque, pouvait se faire au volant d’une 404 camionnette bâchée, une 4 L, ou avec des Honda 250 trail. Et que les exploits furent au rendez-vous. C¹est cet engagement, cet engouement, ce plaisir aussi que nous voulons retrouver dans le concept et l’esprit du Côte-Côte Historique. En 2007, exprimé sur le rythme de la régularité, à chacun de s¹engager dans son choix personnel de véhicule. Mais il faudra faire preuve d’ingéniosité dans la préparation, et comme à l’époque, tenter d’être souple, léger. Travailler sur la fiabilité des organes essentiels, au niveau de l’électricité, de l’alimentation, de l’amortissement et du refroidissement du véhicule engagé ". |