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Quand Yveline Vanoni ouvre un placard de sa cuisine, et qu’elle voit une boîte, ou un tube de lait Nestlé, elle dit " Brutalement, je me crois, je me sens, dans le désert "
Alors ? Allons-y dans l’introspection " Parce que ce fut un élément alimentaire essentiel lors de nos premières traversées. Et si je devais y repartir, j’apporterais beaucoup de lait Nestlé ".
Elle ne fantasme plus, un tiers de siècle plus tard, 32 ans précisément, sur ces grandes cathédrales de sable, où elle n’est plus prête à aller prier. Inoubliables ces immenses déserts où la communion est intense avec la nature. Mais c’est le lait Nestlé qui nourrit, à l’instant, ses souvenirs.
Si elle n’avait cette fierté si bien placée de dire " On aura quand même été des pionnières ". Ça pour sûr, ma belle dame. Pas nombreuses, en effet, furent celles qui traversèrent le désert, dans un si rustique accompagnement mécanique, dans la nudité d’un projet invraisemblable. Si elles n’avaient pas froid aux yeux.
Avec cinq autres soeurs d’armes et d’âme, elles étaient parties début décembre 1973 depuis Paris, pour rallier Abidjan. Disputer le Rallye du Bandama (Marianne Hoepfner-Yveline Vanoni 7e, Claudine Trautman-Marie France Palayer 8e )
Enfin retour mi-janvier 1974 en France, avec une arrivée jugée à Monaco (il s’agissait de la première reconnaissance initiée par Jean-Claude Bertrand, avant ce qui allait être le Côte d’Ivoire-Côte d’Azur).
Soit 28 000 kilomètres en 43 jours !
Le pourquoi du comment de cette singulière aventure ? Yveline Vanoni raconte " j’étais en recos du rallye du Maroc avec Claudine Trautman, quand du côté de Zagora, nous sommes tombées en arrêt devant ce panneau en bois. « Tombouctou : 52 jours ». J’ignore si c’était à dos de chameaux. On s’est posé la question : Tombouctou ? C’est sur la route de la Côte d’Ivoire ? On s’est donné une réponse : Evidemment. Et si on y allait par la route pour rejoindre le départ du Bandama ? ".
Retour à Grenoble. Entretien avec le boss, Bob Neyret. Véto, palabres. Et finalement décision prise. " D’accord, mais on monte une opération pour tout le team Esso-Aseptogyl " dira Bob, qui fit vite fait, bien fait, allait actionner des complicités très agissantes.
Ainsi 6 filles (voir le texte titré « l’avant première » dans Souvenirs, souvenirs) embarquèrent à bord de Peugeot " Notre choix se porta sur des 504, comptes tenus de nos expériences marocaines. Des voitures robustes, confortables et surtout répandues en Afrique ".
Elles furent préparées par le concessionnaire de Vénissieux, avec un équipement rallye, trip master, et surtout radio émetteur d’une portée d’une dizaine de kilomètres " ce qui souvent nous arrangea bien ".
Pièces de rechange en quantité suffisante, caisse à outils. " Maintenant quand on ouvre le capot d’une voiture, on n’y comprend plus rien. À l’époque, sans aucune connaissance mécanique, avec ces moteurs basiques, on était capable de changer une durit, de faire une petite maintenance technique ".
Même si " pour changer des amortisseurs, l’une faisait, et souvent c’était moi car j’étais la plus grande et la plus costaude, à l’écoute de l’autre qui lui lisait le manuel. Et ça prenait un temps fou ".
Plaques de désensablage, pelles et tout le reste. Deux roues de secours par voiture, plus un pneu non monté, et un gonfleur à pied.
Quatre jerricans d’ essence (80 litres) et trois pour l’eau (60 litres) complétant l’équipement de chaque voiture. " Jean-Claude Bertrand, au retour, faisait la chasse au gaspi d’eau, quand on s’éloignait pour se laver les dents et le reste ".
Quelques provisions de bouche aussi " Qu’on pouvait trouver dans les villages : stock de thon, sardines, thé, nescafé et du Cognac, au cas où ". Bien sûr du " tube de lait Nestlé ".
En cas de détresse, une boussole, des fusées éclairantes et une couverture réfléchissante " Et Charlotte Vernay avait cru bon s’équiper d’un pistolet. Vous dire nos angoisses quand il fallait passer des frontières qui ne furent jamais d’aimables plaisanteries ".
On ajoutera, façon de parler " le strict nécessaire au niveau vestimentaire, même si on aura eu l’occasion de faire de belles fêtes. On dira qu’on était parti presque à poil, selon la formule. Mais on était jeune, et on était un peu folle ".
Parties avec de si maigres connaissances du terrain " on avait une carte Michelin, et ce sont les bédouins rencontrés qui souvent nous indiquaient la route. Je peux dire que les routes et les pistes sont depuis, beaucoup plus, façon de parler, urbanisées ".
Pistes et routes qui furent balisées de si bon sentiments, avec des aventures pas possibles à raconter " l’essentiel aura été de les avoir vécues ".
Et auprès d’un guide suprême, Jean-Claude Bertrand " un homme capable de toutes les audaces, qui faisait gicler le chaud et le froid dans chacune de ses paroles. Avec des idées pas possibles, irréalisables et devenues réalités. Quand il est mort, on a perdu un grand homme qui avait su nous envoyer au bout de l’impossible ".
Aujourd’hui, très impliquée depuis Monaco, au titre de la coordination et de l’administration, dans l’organisation de la « Course des Champions » auprès de Michèle Mouton et Frederick Johnson au sein d’IMP (International Media Productions), Yveline Vanoni suit avec le coeur intéressé, les turbulences des uns et des autres désireux de retrouver les émotions du passé, dans l’organisation du 1er Côte-Côte Historique " ce genre de compétition, c’est dans l’air du temps, sous réserve d’y puiser la philosophie de l’époque ".
Comme s’il était nécessaire " qu’on y retrouve une nostalgie qui ne fait de mal à personne ", embellissant les rêves.
Pourvu qu’il y ait du lait Nestlé.
Afin d’y voir, même dans le placard d’une cuisine, des couchers de soleil à n’en plus dormir du tout.
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